L’école : ensemble ou séparé

Le 26 novembre dernier, le Messenger de Simplement 2 recevait un message d’une maman dont les jumelles ont été séparées lors de l’entrée à l’école cette année.  Elle vit la catastrophe de la séparation.  Il n’en fallait pas plus pour me donner l’envie de reprendre la plume.  5 ans plus tard, me revoilà… avec toujours autant de fougue et d’envie de partager notre quotidien.

Je commence par vous relater l’histoire de Laurence, cette maman Française. (J’ai retiré le nom du village afin d’éviter des reconnaissances)

“Nos filles sont scolarisées en Moyenne Section à l’Ecole d’****

En Petite Section, j’ai insisté pour qu’elles soient ensemble, la directrice m’a répondu « Oui, pour la Petite Section, mais de toute façon elles seront séparées en Moyenne Section ». Le ton était donné.

Nos filles ont fait une très bonne scolarité en PS : aucun problème de comportement ou d’apprentissage qui pourrait justifier de les séparer en MS.

Nous avons expliqué à nos filles cet été qu’elles auraient chacune une maîtresse en MS mais qu’elles seraient ensemble à la récréation et à la cantine…. Malheureusement, elles ont été totalement et complètement séparées y compris à la récréation car l’école a deux cours distinctes et les maîtresses ont des horaires de récréation différents. Elles sont aussi séparées à la cantine.

Nos filles ont pleuré tous les jours pendant 3 mois, elles ne voulaient plus aller à l’école, l’une d’elle fait des crises d’angoisse et se réveille toutes les nuits depuis la rentrée. Nous sommes allés voir une psychologue qui dans son compte-rendu préconisait de les remettre ensemble ou d’instaurer des temps de retrouvaille quotidiens et réguliers. Or, les aménagements instaurés par la directrice (une récréation et une heure de décloisonnement par semaine) ne sont pas du tout « quotidiens et réguliers ».  Du coup, les filles nous demandent tous les matins si elles vont se voir dans la journée et sont complètement déstabilisées…

La directrice ne veut même pas mettre les filles ensemble une journée lorsque l’une des maîtresses est malade. Je ne comprends absolument pas cette politique de discrimination systématique face aux jumeaux/jumelles de la maternelle d’****, sachant que plusieurs villages aux alentours ne pratiquent pas cette politique.

Je me trouve face à un choix difficile :  me taire comme les autres mamans de jumelles et subir, déscolariser mes filles ou déménager dans un village voisin qui ne pratique pas cette politique.

La décision d’individualisation des jumeaux/jumelles est une décision familiale et non scolaire. En l’absence de tout problème scolaire, un directeur d’école n’a pas à imposer une politique de séparation systématique, surtout lorsque les parents s’y opposent et qu’un psychologue conseille de remettre les enfants ensemble.”

En lisant l’histoire de Laurence, je revécu nos entrées passées.

Il y a 4 ans, lors de la rentrée de jumeaux à l’école (maternelle), nous avons dû nous démener comme des diables pour que ceux-ci puissent entrer ensemble et passer l’année dans la même classe.  Nous avons rencontré la Directrice de l’école qui elle, refusait catégoriquement.  Nous avons communiqué avec le Directeur général adjoint qui lui nous a émis un communiqué indiquant qu’il se rangeait du côté de la direction de l’école puisque celle-ci est la mieux placée pour gérer son école.  Nous avons fini par envoyer une missive au protecteur de l’élève.

Dans celle-ci nous indiquions que le quotidien de nos jumeaux se vivait ensemble depuis plus de 4 ans soit, de la naissance à la garderie (en milieu familial) en passant par les activités et la vie de famille.  Alors pourquoi vouloir à tous prix les séparer alors qu’ils vivaient une des plus grosses étapes de leur vie.  De passer de la routine de la vie familiale et vie en garderie à l’intégration dans une institution regroupant 500 élèves était un gros pas pour eux.  Un pas angoissant.  Alors pourquoi insister pour qu’ils vivent encore plus d’angoisse en ne leur permettant pas de vivre cette transition ensemble?

C’est à partir de ce moment que la direction s’est ouverte à la discussion.  Toutefois, il a été très clair que si les garçons (SEIS et SIETE) étaient ensemble pour la maternelle, ils seraient séparés dès la première année du premier cycle.

La maternelle s’est très bien déroulée.  Une année superbe avec un très bon développement et de très bonnes notes de fin d’année.  Aucune raison à notre avis de les séparer pour l’entrée en première année.  Toutefois, la direction ne le voyait pas comme cela et malgré notre demande de les garder ensemble, la réponse a été négative.  De même pour la deuxième année.

Ils ont tout de même gardé de bonnes notes mais sur le plan social, ce fut plus difficile.  Les amitiés ne se sont pas faites facilement pour un des deux qui vivait la séparation de façon beaucoup plus angoissante que l’autre.  SEIS a même vécu de l’intimidation.  Nous avons donc dû consulter une psychologue pour l’aider à surmonter sa peur de l’école et son angoisse face aux relations inter-sociales.

Rentrée2018Pour la rentrée 2018, nous avons remis la demande sur table.  La demande a été faite dès le retour des vacances de Noël de l’année 2017.  Rencontre avec la Direction.  Rencontre avec les TES (technicien/ne en éducation spécialisée) qui nous ont même mentionné que « les parents ne sont pas toujours les mieux placés pour reconnaître ce qui est bon pour leurs enfants.  PARDON !!!  Qui de mieux placé que le parent pour savoir ce dont son enfant a besoin ou non. »  Rencontre avec les deux professeurs.  Rapport de la psychologue et du pédiatre qui préconisait un retour ensemble.  Malgré tous ces efforts, nous avons eu besoin de menacer de se rendre encore une fois jusqu’au protecteur de l’élève.  À la mi-mai seulement, nous avons la réponse suivante :  Comme vous le savez, nous avons toujours des réserves à placer les jumeaux dans la même classe, et ce pour différentes raisons pédagogiques.  Toutefois, nous accéderons à votre demande pour l’année prochaine.  WOW !!!

Cette année, SEIS et SIETE sont donc ensemble.  Les notes sont toujours aussi bonnes.  Toutefois, nous avons l’impression en tant que parents que les enseignants et les TES sont constamment sur leurs dos.  Chaque petit fait et geste reprochables sont mentionnés.  Nous avons vraiment l’impression que l’école tente de monter un dossier pour refuser de les remettre ensemble pour les années suivantes…  En parlant à leur professeur lors de la rencontre parents-professeur, celle-ci n’avait toutefois rien à dire sur le fait qu’ils soient ensemble ou non.  Elle ne trouve pas que l’un et/ou l’autre ne se serve du fait que son frère soit présent pour arriver à ses fins.

 

Après plusieurs rencontres avec des parents de jumeaux/jumelles dans notre district, je me rends contre que je ne suis vraiment pas la seule à vivre cette frustration.  J’ai même eu une longue conversation avec Karine, maman de jumelles qui entraient en maternelle cette année et qui voulait des conseils à savoir comment approcher la direction afin que ses filles soient ensemble pour la rentrée.  Quand on est rendu qu’on doit se faire de scénarios pour les rencontres avec les directions, on voit bien qu’il y a un problème au niveau de l’éducation et de sa vision en rapport avec les enfants multiples.

Une pétition a été mise en ligne en France par rapport à ce débat.  On demande à M. Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Éducation nationale de la République française depuis 2017, de définir des règles claires quant à savoir si on laisse le libre-choix aux parents de dicter si leurs enfants doivent faire leur éducation ensemble ou séparément, ou si on donne la responsabilité à l’État de séparer d’emblée les fratries.

Après lecture de la pétition, je l’ai signée.  Malgré que pour l’instant elle n’apportera pas de répit aux parents québécois, je crois que nous pourrions nous servir de ce mouvement pour revendiquer à notre ministre de l’éducation des règles claires à instaurer aux commissions scolaires.  Je vous invite donc, et ce au nom de Laurence et en mon nom, à signer la pétition attachée à cet article.  C’est principalement le passage suivant qui m’a accroché : Dans une interview accordée au journal libération en 2008, Fabrice Bak psychologue et gémellologue évoquait déjà la question de la séparation forcée : “Toute séparation de force fait des dégâts. Or, trop souvent, l’Education nationale la recommande. Officiellement, pour le bien des jumeaux. Officieusement, à mon avis, pour des raisons proches de celles que l’on retrouve dans la fascination pour les jumeaux et dans la mythologie : la peur de celui qui est seul face au bloc de ceux qui sont deux.”

Je vous invite aussi à me laisser vos commentaires.  Indiquez-nous vos choix, vos idées.  Ensemble ou pas et pourquoi ?  Suite à la lecture de tous les commentaires, dans quelques mois, selon vos demandes, il est possible que je fasse à mon tour une pétition pour notre système d’éducation québécois, ou du moins une missive qui sera transmise à notre ministre de l’éducation.

Signer la pétition

 

 

 

 

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