Histoire d’une grossesse gémellaire

Je suis tombée enceinte presque par accident, si on peut appeler accident tomber enceinte en oubliant ce qu’on a appris dans les cours de FPS. Tout le monde sait comment on fait les bébés. Quand j’y repense, je me dis que je voulais vraiment un bébé et que c’est la plus belle chose qui pouvait m’arriver. Par contre, je ne m’étais jamais vraiment imaginée avec deux enfants. Je me disais qu’un, c’était assez pour moi. Mais la vie en a décidé autrement… Dans ce billet, je vous parle de ma grossesse «surprise» gémellaire.

Premier trimestre

D’abord, il y a le test de grossesse. Précédemment dans ma vie, j’en avais déjà acheté quelques-uns à la pharmacie, plus par paranoïa qu’autre chose. Deux jours de retard dans mes règles, mais en sachant très bien que je ne suis pas vraiment régulière de toute façon. Ceux-là s’étaient toujours avérés négatifs. Mais le premier avril 2012, quelque chose me disait que peut-être qu’il y avait quelque chose dans mon corps qui était en train de se passer. Peut-être que cette fois, ma vie allait vraiment changer. J’ai dit à mon chum qu’il fallait aller à la pharmacie acheter un test. On dirait qu’il n’y croyait pas, mais moi, je voulais vraiment en avoir le coeur net. On s’est donc procuré le fameux test et je suis allée dans la salle de bain. Une petite ligne apparaît, une seule. Ouf! On s’en retourne dans le salon. On se regarde et on se dit que c’est bizarre, mais on est quasiment déçus. Le temps passe, parle parle, jase jase. Mon chum s’en va aux toilettes et là j’ai un drôle de sentiment. Je le suis et en même temps, nos yeux se tournent vers le comptoir sur lequel j’ai laissé le fameux test. Une deuxième ligne, pâle pâle est apparue. On rit. Ahah! Poisson d’avril!!! Je deviens vraiment nerveuse tout à coup. On se dit ok, il y a peut-être un problème avec ce test-là, la ligne est vraiment pâle. On décide de faire comme si rien n’était et on continue de vivre notre vie comme d’habitude. On ira chercher un deuxième test demain (prémonition de doublons?). C’est donc le lendemain qu’on a eu notre confirmation. J’étais enceinte. Bon. Qu’est-ce qu’on fait maintenant?

On s’est rendus au CLSC. Les madames de l’accueil nous trouvaient bizarres. Elles ne comprenaient pas pourquoi on se rendait au CLSC.

-C’est parce que je suis enceinte.

-Pis?

-Ben, je voudrais voir un médecin.

-Allez voir votre médecin de famille.

-J’en ai pas.

-…

-Je sais pas ce qu’on est supposés faire quand on est enceinte. Est-ce que je pourrais avoir   du service SVP?

On a finalement réussi à voir un infirmier. Juste pour être sûr, il m’a refait faire un test. Puis là, il a dit : félicitations madame, vous êtes enceinte. C’était bien vrai donc. Ma vie venait de basculer tout à coup. Il m’a demandé si j’allais le garder. J’ai dit oui, absolument. Il m’a donné plein de documents sur la grossesse et des numéros de téléphone pour me trouver un médecin.

Ma grossesse était officiellement commencée. J’ai absorbé le choc, puis j’ai commencé à propager la nouvelle. Tout le monde avait l’air surpris, mais super content. Moi aussi je l’étais.

J’ai passé le premier trimestre à dormir sans arrêt. J’étais tellement fatiguée, c’était désespérant. En plus de ça, j’avais des nausées. C’était vraiment un moment super pénible. Je n’étais pas du monde et mon chum devait me supporter. Mais on a fait ce qu’il fallait. On s’est trouvé un appartement avec un minimum d’espace, j’ai arrêté de fumer, j’ai commencé à mieux m’alimenter… Bref, on prenait ça au sérieux.

Puis est venu la première rencontre au Centre de santé de la femme. On m’a demandé j’étais à combien de semaines. Je n’en avais honnêtement aucune idée et on ne réussissait pas à déduire une date. On a donc fait une échographie de datation.

Je suis donc étendue, à côté de mon chum. La dame observe les images. Nous, on ne distingue pas grand chose. C’est tellement petit à ce moment-là… Je ne vois absolument rien. Mais on attire notre attention sur un petit détail (ou devrais-je dire deux?). C’est là que j’entends : alors là, on voit les deux petits coeurs. On ne réagit pas. J’essaie d’analyser ce qui vient de se dire… Deux coeurs? Mais c’est quoi l’affaire? Notre enfant est difforme? Et là, mon chum répète : deux coeurs? Oui, félicitations, ce sont des jumeaux.

J’ai juste serré la main de mon chum super fort. Je n’ai rien dit. J’étais sous le choc. On a passé la soirée chacun de notre bord. Je pense qu’on avait besoin de réfléchir. Ça devenait gros cette affaire-là. Et on en était à 8 semaines de grossesse… Il n’était pas trop tard pour… (non, non, pense pas à ça).

J’ai donc accepté la situation et appelé toute la famille pour annoncer la grande nouvelle. Ma famille était faite : une seule grossesse et deux bébés. Super, super.

Ensuite, on a finalement réussit à voir un médecin de famille. Elle était vraiment gentille et nous a expliqué à quoi s’attendre avec une grossesse gémellaire.

– J’espère que vous n’êtes pas du genre hippie-zen, parce que cet accouchement-là risque d’être tout le contraire. Vous avez une grossesse à risque. On va être une méchante gang dans la salle d’accouchement et il faut être prêts à tout. Oh, et d’habitude, on oblige quasiment les mères de jumeaux à prendre l’épidurale.

– Ça adonne bien, je fais confiance à la médecine moderne. Puis tout ce qui peut me faire moins souffrir, je vais le prendre.

Deuxième trimestre

La fatigue et les nausées se sont calmées. Tout allait bien, comme dans le meilleur des mondes. Moi et mon chum sommes déménagés dans un beau petit 5 et demi. On a décoré et aménagé la chambre des poupons. On s’était faits à l’idée : on aurait deux bébés. J’avais trouvé les plus jolis des noms : Estelle et Béatrice. Comme je savais que c’était des jumeaux identiques, ça ne pouvait être que deux gars ou deux filles. J’ai été super contente quand j’ai su que c’était des filles, parce que je n’arrivais pas à trouver d’aussi beaux noms de garçons. Par contre, il y a eu un petit problème détecté lors de l’échographie. Béatrice était beaucoup trop petite comparé à Estelle (oui oui, j’avais déjà décidé qui était qui). Heureusement, deux semaines plus tard, on est retournés pour une autre échographie et elle avait rattrapé sa soeur. Aujourd’hui, c’est Béatrice la plus grosse et Estelle est plus petite.

Durant ce trimestre, je me sentais lourde et ne sortais pas souvent de chez moi, mais une fois de temps en temps, on sortait pour aller se baigner. Je me suis beaucoup refermée sur moi-même. J’étais bien toute seule chez moi, avec mes petits bébés qui grandissaient dans mon ventre. Je me suis totalement désintéressée de mes amis durant ce temps-là. Je ne pensais qu’à dormir, regarder la télé et parler à mes petits bébés. Heureusement, mon chum était là pour veiller à ce que je me nourrisse bien et à ce que je sorte de temps en temps.

Troisième trimestre

J’étais grosse, fatiguée, écoeurée, tannée, tannée, tannée. Je voulais que ça sorte au plus sacrant. Mais il fallait attendre, attendre, attendre… Les bébés devaient encore maturer. J’ai commencé à avoir toujours envie de faire pipi. La nuit, je me levais aux dix minutes. Ça n’avait aucun sens. En plus, j’ai eu une diastase de la symphyse pubienne, ce qui faisait en sorte que chaque fois que je me levais ou me tournais dans mon lit, je sentais une douleur super intense dans le bassin. J’ai aussi dû vivre avec le diabète de grossesse, ce qui a fait en sorte que tout ce qui me restait de petite joie (manger du gâteau), on me le coupait. J’étais vraiment déprimée, mais sans vraiment de bonne raison (les hormones?).

Puis, est arrivé le fameux soir d’octobre. J’avais presque fini ma 31e semaine de grossesse. Comme je savais que je risquais d’avoir des enfants prématurés (les chances sont bonnes pour les grossesses gémellaires), j’avais commencé depuis quelques jours à vérifier si j’avais des contractions. Je ne savais pas trop ce que je devais vérifier, parce que je n’en avais jamais eu. Tout le monde me disait d’arrêter de capoter avec ça, parce que quand j’en aurais, je le saurais, mais dans ma tête, ce n’était pas si évident. J’avais lu sur des forums de mamans que certaines mères ne sentent pas les contractions. Bref, cette journée-là, j’ai eu un pressentiment. Je me suis donc allongée et je me suis tâté le ventre. C’était un peu plus dur, un peu plus mou, un peu plus dur, un peu plus mou… Hmm… Par contre, je ne sentais rien et c’était supposé faire mal. Moi et mon chum avons décidé de ne pas prendre de chance et d’appeler à l’hôpital. Ils nous ont fait venir par précaution. On s’est dit que c’était comme une répétition générale avant la vraie première. À l’hôpital, ils m’ont branché sur un moniteur pour vérifier si j’avais des contractions et écouter les petits coeurs. Et là, ils ont dit : madame, vous êtes en travail. Eh merde! C’est pas le temps là, elles sont encore bien trop petites!!! Tout le monde avait l’air un peu paniqué. Moi j’essayais de garder mon calme. Ils m’ont donné des médicaments pour essayer d’arrêter les contractions et j’ai reçu plusieurs piqûres de cortisone pour faire maturer les poumons. Un pédiatre est venu m’expliquer les risques que couraient mes bébés. Elles étaient vraiment trop petites pour naître. C’était du sérieux. Le personnel s’affairait à me trouver une place dans un autre hôpital, parce qu’à Chicoutimi, ils n’avaient pas assez d’expertise pour gérer ça. Des jumelles aussi prématurées, c’était de la job. Finalement, ils m’ont trouvé une place à Maisonneuve-Rosemont. Un avion s’en venait me chercher d’urgence. Et là, ils m’ont expliqué que mon chum ne pouvait pas aller avec moi en avion. J’ai jamais compris cette histoire-là. J’allais accoucher sans mon chum pour une question d’assurances ou quelque chose du genre. Je suis donc partie toute seule, en avion, sans trop savoir ce qui m’attendait. La nuit a été longue. J’ai attendu de voir ce qui se passerait dans une salle d’accouchement à Montréal.

Heureusement, je n’ai pas accouché. Les statistiques étaient contre moi (9 chances sur 10 que les médicaments n’arrêtent pas le travail pour plus que 48 h, si ma mémoire est bonne), mais finalement, j’ai gagné trois semaine. Pendant deux semaines, j’ai dû patienter dans ma chambre d’hôpital. Je ne pouvais me lever que pour aller aux toilettes. Heureusement, mon chum était venu me rejoindre à Montréal et comme ma famille vient de ce coin-là, j’ai eu pas mal de visite.

À 34 semaines, on m’a ramenée à Chicoutimi en ambulance. Le danger était passé. Je pouvais accoucher à l’hôpital de Chicoutimi sans problème. À Chicoutimi, mon médecin de famille était de garde. Elle m’a demandé si j’aimais mieux être alitée chez moi. Comme je vis à deux pas de l’hôpital, j’ai dit oui, certainement. J’ai donc patienté une autre semaine dans mon lit. À ce moment-là, j’avais déjà 4 cm d’ouverture. Je pouvais donc accoucher n’importe quand.

Et la délivrance…

Le matin du 6 novembre, j’en étais à 35 semaines, ce qui est souvent le nombre de semaines de gestation pour les jumeaux. Il n’y avait plus vraiment de gros danger. Les bébés pouvaient naître. J’étais encore plus tannée d’être enceinte que d’habitude. J’ai dit à mon chum que là là, j’étais vraiment, mais vraiment plus capable de m’endurer. Cinq minutes plus tard, je ne sais plus c’est quoi la joke qu’il a faite, mais j’ai ri et j’ai senti mes eaux crever. J’ai crié : appelle à l’hôpital!

Je suis arrivée à l’hôpital vers 11 h le matin. On m’a confirmé que j’allais accoucher. J’avais perdu mes eaux et il n’y avait plus rien à faire pour arrêter ça. On m’a donné des médicaments pour que ça aille plus vite et s’assurer que tout le personnel serait là pour cet accouchement spécial.

J’ai passé la journée à rire avec mon chum, à parler au téléphone avec ma famille et à écouter de la musique. Ça ne me faisait absolument pas mal. J’étais super contente et je me préparais mentalement à l’arrivée de mes bébés. J’avais hâte de les connaître. Je savais qu’il pouvait arriver toutes sortes de choses. Les deux bébés étaient bien placés pour naître naturellement, mais avec des jumelles, on ne sait jamais. La deuxième pouvait naître par césarienne quand même ou pire : on pouvait être obligé de la sortir en tirant par les pieds! Ouch! Mais on dirait que je n’étais pas inquiète. J’avais un bon feeling.

Vers 18 h, j’étais à 6 cm.  Je ne sentais toujours pas de douleur, mais on m’a proposé de faire l’épidurale quand même, en prévention. J’ai dit go!

Et là… Le sentiment de légèreté que ça m’a procuré! C’est bizarre à dire, mais j’ai aimé avoir l’épidurale. Je sais qu’il y a des femmes qui aiment mieux vivre l’accouchement 100 % naturellement, mais je comme j’ai dit plus tôt, je suis plus du style à prendre tout ce qui peut me soulager. Mon col continuait à dilater, 7 cm, 8 cm, 9 cm… et 10! Toujours pas de douleur. Il était 19 h 30 à ce moment-là.

Et tout à coup… L’équipe médicale se met en place, tout le monde est prêt. Il y a une médecin, une gynécologue, une médecin-résident, une infirmière, deux étudiantes en je ne sais plus quoi qui étaient là comme observatrices, deux pédiatres et du monde dans le fond de la salle qui étaient là, je ne me rappelle plus pourquoi. Mon chum me tient la main, je pousse, je pousse… Go go go! Et là, ça fait vraiment mal. Je me sauverai quand même pas de cette douleur-là. J’ai été trop chanceuse là-dessus à date.

À 21  h 02, Béatrice est sortie. Elle pesait 5 livres. J’ai même pas eu le temps de vraiment réaliser qu’elle était là. Ils l’ont emportée et j’ai dû me concentrer pour sortir Estelle. Ils m’ont dit de me reposer, que les contractions pourraient recommencer seulement dans une heure. Ils n’ont même pas eu le temps de finir leur phrase que j’ai senti la douleur qui reprenait. C’est là, là! Ok, go go go! Estelle est sortie à 21 h 08 et pesait 4 livres. Je n’ai pas pu la toucher, parce que le cordon ombilical était trop petit. Heureusement, tout le monde était en santé.

Ma grossesse était terminée et ma nouvelle vie de maman débutait.

J’ai détesté être enceinte, mais j’adore être maman et aussi surprenant que ça puisse paraître, j’ai adoré accoucher!

Bien sûr, chaque grossesse est différente. Cette histoire est la mienne et même s’il y a des choses auxquelles on doit se préparer lorsqu’on vit une grossesse gémellaire, on ne peut pas prédire comment ça va se dérouler.

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3 responses to “Histoire d’une grossesse gémellaire

  1. Wow, ton histoire ressemble beaucoup à la mienne… J’ai moi-même accouché à Chicoutimi à 36 semaines de grossesse de jumeaux identiques. Il a fallu aller chercher le 2e par les pieds. Beaucoup de stress qui finit en beaucoup d’amour.

  2. Grossesse ‘surprise’ gémellaire ici aussi !!! j’ai adoré être enceinte et à partir de 29 semaines pré-éclampsie. J’ai accouché ;a 35 semaines aussi par contre poids plus petit : 4lb4 et 4lb1 10 minutes entre les filles, accouchement naturel aussi, péridurale qui a gelé seulement au niveau du nombril… Je recommencerais n’importe quand !!!

  3. J’ai adoré te lire ce matin! Tout comme toi, je n’aime pas être enceinte mais j’adore accouché! Cette fois-ci je vais essayer sans l’épidural (ma troisième grossesse)

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