Lettre d’une maman dans le système

Depuis les 8 dernières semaines, je côtoie beaucoup de familles à faible et très faible revenu. Et je me suis rendue compte que ce ne sont pas des gens dont l’on entend souvent parlé. On ne connait pas vraiment leur réalité et ils sont victimes de certains préjugés. Je crois que nous avons tendance à tous les mettre dans le même bateau. J’ai donc décidé cette semaine de prêter la plume à une maman monoparentale de 3 enfants (dont des jumelles) sur l’aide dernier recours pour qu’elle nous parle de sa réalité et de son parcours. Je tiens à la remercie encore une fois d’avoir accepté de partager son histoire avec nous!

Je suis une maman monoparentale et je suis sur l’aide sociale… l’aide de dernier recours. Contrairement à ce que certains pensent, je ne suis pas une paresseuse qui désire vivre sur le dos de la société. Aujourd’hui, je vais vous raconter un peu mon histoire et ce qui m’a mené à ma situation actuelle.

 À l’époque, je travaillais à une place qui n’offrait pas les meilleures conditions de travail, mais vous comprendrez que des fois dans la vie on prend ce qui se passe pour pouvoir payer les comptes. Quand j’ai su que j’étais enceinte, j’étais aux anges! Vous voyez, ça faisait des années que j’essayais d’avoir un bébé sans résultat et je ne pouvais imaginer ma vie sans enfants. Alors, quand j’ai su que j’allais enfin avoir un bébé, bonne job ou non, je n’allais pas manquer ma chance.

Malheureusement, ma relation avec mon chum s’est terminée et j’ai dû trouver un moyen de subvenir à mes besoins et surtout à ceux de mon bébé tout neuf. La vie sur l’aide de dernier recours n’est pas facile et le montant donné ne suit pas le cout de la vie. Alors, je me suis retrouvée dans un petit 2 ½ avec ma fille. Je voulais retourner aux études et j’ai réussi à me trouver un logement subventionné temporaire pour mère monoparentale. Une vraie chance puisque la liste d’attente est très longue (5 à 7 ans pour les cas qui ne sont pas considérés prioritaires) et les critères d’admission très stricts. J’ai donc pu retourner aux études et après 2 ans et demi SURPRISE! Je suis enceinte de deux petites princesses! Encore une fois, je me retrouve à devoir faire un choix difficile : choisir entre l’école et ma grossesse. Mon programme étant un DEP en carrosserie je ne pouvais pas finir la formation durant ma grossesse, trop dangereux. Je quitte donc mon cours en me disant que je pourrais toujours le finir dans quelque temps. Mais attendre des jumelles signifie que je peux plus rester dans le logement subventionné. Je me trouve un 5 ½ et je me rends vite compte qu’avec 3 enfants à charge et les dépenses que cela implique, il n’a pas de place dans mon budget pour envoyer les petites à la garderie ou pour payer le service de garde de la plus grande qui est à l’école. Donc, pas de retour aux études possible. C’est un cercle vicieux.

Je vous entends me dire : « Retourne travailler! Même au salaire minimum! » Le problème est qu’avec un seul salaire, je me retrouve au même point : plus de dépenses que de revenus en plus d’avoir moins de temps pour mes filles et je ne considère pas ça comme une amélioration de ma condition. Mais ne vous en faites pas je ne suis pas du genre à baisser les bras et je suis présentement activement à la recherche de moyens pour retourner finir ma formation pour offrir à ma famille un avenir plus sécuritaire et pour que je puisse évoluer positivement.

Je me prive beaucoup pour que mes enfants ne manquent de rien et qu’elles ne se rendent pas compte de la situation précaire dans laquelle nous vivons. C’est sur que les couches, les préparations de lait et les dépenses comme des habits de neige et des bottes sont des tracas qui reviennent souvent, ont s’habillent usagés, aux anniversaires je ne peux pas me permettre plus d’un cadeau (les jumelles partagent le même), je ne suis pas sur de pouvoir acheter un sapin de Noël cette année et je dois avouer que ce sont des choses qui stresse beaucoup une maman. Il y a aussi un certain sentiment de solitude qui s’installe. Premièrement, parce que je ne peux pas me permettre de sorties, mais aussi parce que je ne parle pas de ma situation par peur du jugement des autres, peur de la manière dont ils vont me percevoir en tant que maman et par honte un peu aussi.

Bien sûr, nous avons tous nos lots de stress et nos problèmes! Je ne me plains pas parce que je ne suis peut-être pas riche financièrement, mais je suis super heureuse d’avoir mes petites et je referais le même parcours si c’était à refaire. J’aimerais uniquement qu’il y ait plus de ressources (ou qu’elles soient plus accessibles) pour aider les mamans comme moi, qui élèvent leurs enfants seules, à briser ce cercle vicieux! Parce que comme toutes les autres mamans, ont désirent ce qu’il y a de mieux pour nos enfants.

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One response to “Lettre d’une maman dans le système

  1. C’est tout à votre honneur, ce doit être une situation extrêmement difficile. Merci de partager ce témoignage ici.

    Je ne sais pas comment les pères de ces enfants peuvent ne rien faire tout en sachant qu’ils ont un enfant quelque part…

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