La grossesse gémellaire n’est PAS pathologique!

baby-307900_1280Pourtant, le système de santé actuel fait en sorte que la majorité des parents qui attendent des jumeaux croient que non seulement la grossesse gémellaire est nécessairement problématique, mais qu’en plus, l’accouchement est dangereux! C’est ce dont je me suis rendu compte lorsque, dans une discussion sur Facebook entre mamans de jumeaux à laquelle je participais, une maman enceinte de jumeaux dont la grossesse se passait à merveille parlait de son découragement face à  toute la médicalisation que les médecins voulaient lui imposer lors de son accouchement. Non seulement la majorité des commentaires allaient dans le sens de la grossesse gémellaire problématique, mais la plupart des mères étaient convaincues que si elles avaient vécu leur accouchement avec une sage-femme, elles en seraient mortes de même que leurs bébés! C’est incroyable tout de même ce qu’une simple précaution peut engendrer comme sentiment de peur!

Parce que c’est un fait, la grossesse gémellaire n’est pas plus une maladie que ne l’est a grossesse normale! Elle comporte plus de risques, c’est vrai. Et c’est en ce sens que le suivi est orienté, mais à quel moment est-on passé du «on va suivre de façon plus serrée, au cas où» à «c’est dangereux accoucher de jumeaux» !?

Ce que je déplore dans tout ça c’est que personne ne semble s’en soucier. C’est comme normal de dire à une maman qui veut accoucher dans l’eau de ses jumeaux de lui répondre : «ah ben va falloir oublier ça parce que c’est des jumeaux, madame!» Il existe présentement un mouvement d’humanisation des naissances auquel prennent part de façon extraordinaire les sages-femmes du Québec. Mais dès que l’on apprend qu’on a des jumeaux, tous ces beaux principes tombent comme un couperet sur l’autonomie des femmes, et ce, même de la part des sages-femmes! Parce qu’il ne faut pas se le cacher. Dès qu’on passe au suivi de «grossesse à risque», l’autonomie des femmes ainsi que leurs droits en prennent un coup. Tout devient des chiffres à ne pas dépasser, des limites à ne pas franchir, des normales à respecter! Les machines priment sur le ressenti des femmes et la science devient seule détentrice du savoir. Celle-ci décide de ce qui est risqué et ce qui ne l’est pas ainsi que des limites que les femmes peuvent ou ne peuvent pas franchir. Permettez-moi ici de citer ici un extrait d’un article dans un blogue sur la périnatalité que j’aime bien fréquenter et dont le contenu est on ne peut plus à propos :

« ‘’Donnez-nous la liberté de pouvoir prendre le risque d’être violée ‘’disait la féministe américaine Camille Paglia. Cette revendication provenait de jeunes femmes qui, dans les années 1960, subissaient un traitement différent de leurs congénères masculins sur le campus de l’université. Au nom de leur protection contre le viol, elles étaient logées dans un dortoir séparé, fermé à clé dès 23 heures, qu’elles avaient l’obligation de rejoindre pour la nuit, tandis que les jeunes hommes étaient libres de sortir comme ils le souhaitaient. Au nom des risques auxquels elles pouvaient être exposées, elles se voyaient restreindre dans leurs libertés. […] La société valorise les hommes qui prennent des risques (sports extrêmes, conduite dangereuse, investissements financiers, professions dites « masculines »), et décourage en même temps la prise de risque pour les femmes. Là où les hommes sont considérés comme forts et puissants, capables d’affronter les dangers et de tout mettre en œuvre pour se tirer des situations difficiles, les femmes sont perçues comme faibles, fragiles, devant se soumettre aux hommes en échange de leur protection. L’accouchement étant exclusivement féminin, il n’est pas surprenant que la notion de risque lié à cet événement soit à ce point exacerbée.»*

Comme la notion de risque change selon la personne qui évalue la situation, pourquoi obliger les femmes enceintes de jumeaux à accoucher en milieu hospitalier avec un nombre incalculable de protocoles à respecter?! Et bien c’est au nom du risque zéro, qui d’ailleurs n’existe pas, qu’on leur enlève le droit de choisir, de décider pour elle-même, leur corps et leurs enfants.

Je ne le nie pas, dans plusieurs cas, cette science est réellement venue sauver des vies! Un cas de prééclampsie, t’as beau être à 100% en faveur de l’accouchement naturel et de l’humanisation des naissances, il faut traiter ça parce que ce peut être mortel! Il y a plein de situations où la grossesse devient pathologique et c’est à ce moment-là que les sages-femmes, en bonnes professionnelles de la santé, transfèrent les dossiers aux spécialistes des grossesses pathologiques.

Mais qu’en est-il de la grossesse gémellaire? Est-ce que le fait de porter deux enfants à la fois fait en sorte que l’on ait absolument besoin d’un spécialiste des grossesses pathologiques pour le suivi et l’accouchement? Pas absolument apparemment parce qu’un obstétricien peut parfaitement assurer le suivi. Si un problème se présente en cours de route, ce qui statistiquement est plus risqué d’arriver avec deux bébés, l’obstétricien transfert le dossier à la clinique des grossesses à risques et c’est tout! Pourquoi en serait-il autrement pour les sages-femmes?!

Le mandat des sages-femmes est de suivre les grossesses normales sans complications. Une grossesse gémellaire, hormis le fait qu’il y a présence de deux bébés, peut parfaitement se dérouler de façon normale et sans complication! Il y a plus de risque, mais ce n’est pas une certitude. Pourquoi agir ainsi et engloutir dans le système de santé des milliers de dollars en consultation de spécialistes dont les femmes n’ont pas besoin?! A-t-on réellement besoin de mobiliser une équipe entière de chirurgie en plus de deux pédiatres et de deux gynécologues «au cas que»?! C’est des sous inutilement dépensés!!! Surtout quand l’accouchement se termine finalement par deux naissances par voies basses, sans utilisation de forceps ni de ventouse, ni même de péridurale!!! Parce que c’est ce qui m’est arrivé lors de mon propre accouchement de mes jumeaux. L’accouchement s’est passé hyper rapidement et on ne peut plus naturellement. Les deux gynécos présentent n’ont rien fait de plus que ce que ma sage-femme aurait fait si elle avait été autorisée à suivre ma grossesse qui se passait sans anicroche. J’avais des jumeaux dichorionique-diamniotiques, donc pas de possibilité du syndrome transfuseur-transfusé, je n’ai pas fait de diabète de grossesse, pas de prééclampsie, pas même de haute pression. La croissance des bébés évoluait en parallèle à une vitesse tout à fait dans les normes et tous les monitorings que j’ai faits étaient tous normaux!!! Pourquoi tant de médicalisation pour une grossesse normale?! Il y a même des hôpitaux qui obligent les femmes à accoucher directement dans la salle d’opération!

Quand y’en n’a pas de problèmes… y’en n’a pas! Pourquoi agir comme s’ils étaient inévitablement et imminents?! Cette précaution maladive du «au cas où» dans la grossesse gémellaire est non seulement venue entourer tout l’événement d’un aura de peur et d’angoisse qui n’est pas nécessaires, mais elle est également venue cristalliser dans l’esprit des parents la dangerosité de la chose!

La philosophie sage-femme veut que la grossesse et l’accouchement soient vus comme des événements naturels et physiologiques. Est-ce que le simple fait d’avoir des jumeaux est réellement un problème? Sont-elles réellement incapables de faire face à une naissance double quand aucun problème ne se pointe à l’horizon? Avec notre système de santé actuel de plus en plus engorgé, peut-on vraiment continuer à accepter cette utilisation systématique des spécialistes en cas de grossesse gémellaire?

À toutes ces questions je répondrais que la grossesse gémellaire ne devrait pas être considérée comme pathologique jusqu’à preuve du contraire, que l’on devrait autoriser les femmes qui veulent un suivi sage-femme à en bénéficier et que l’expression « j’ai perdu mon suivi sage-femme juste parce que j’ai des jumeaux» ne devienne désuète… Il faudrait d’ailleurs s’inspirer de ce qui se fait ailleurs dans le monde! J’ai vu des magnifiques vidéos de naissances de jumeaux dans l’eau en Belgique et beaucoup d’autres à domicile en Grande-Bretagne et aux États-Unis!** L-accouchement-dans-l-eau-en-pratique_visuel_articlephoto***

On a du chemin à faire…

 

Karine Forget
Accompagnante à la naissance
http://www.karineforget.wix.com/accompagnante

 

Pour aller plus loin :

* «Le droit à l’imprudence» de Marie-Hélène Lahaye sur le blogue «Marie accouche-là» :
http://marieaccouchela.blog.lemonde.fr/2013/10/23/accouchement-le-droit-a-limprudence/

**«Au bout de vingt-cinq ans de pratique, avec ces milliers de naissances aquatiques à son actif, dont un nombre non négligeable de jumeaux et de sièges […] l’hôpital Henri Serruys dispose aujourd’hui de fortes statistiques. Elles sont très positives.» http://www.cles.com/enquetes/article/ostende-les-bebes-naissent-sous-l-eau

Un accouchement aquatique à Ostende en Belgique (pas gémellaire, mais ça montre ça ressemble à quoi en gros): http://www.wat.tv/video/accouchement-aquatique-ostende-1mlrv_2i7cr_.html

***Les biens faits de l’accouchement dans l’eau en général : http://www.infobebes.com/Grossesse/Accouchement/Accouchement-Le-jour-J/L-accouchement-dans-l-eau/L-accouchement-dans-l-eau-en-pratique

Naissance de jumeaux à la maison : https://www.youtube.com/watch?v=oCsjBZiDc6Y&oref=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DoCsjBZiDc6Y&has_verified=1

Un vidéo magnifique pour un accouchement naturel et plus humain des jumeaux (en anglais, mais facilement compréhensible tout de même) : https://www.youtube.com/watch?v=0ghkA3WEq2E

D’ autres vidéos de naissance à la maison de jumeaux : https://www.youtube.com/watch?v=6dgvC9WW3Bk

https://www.youtube.com/watch?v=cDteQp2mfuI&oref=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DcDteQp2mfuI&has_verified=1

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One response to “La grossesse gémellaire n’est PAS pathologique!

  1. Merci pour cet article dont je partage entièrement l’analyse ! Maman primipare de jumeaux à 38 ans, j’ai eu une grossesse de rêve ( aucune nausée, pas de fatigue particulière, ni tension, ni diabète, ni prise de poids excessive : seulement 12kg, aucun incident, des foetus se développant harmonieusement et tout ce qu’il y a de plus normalement : nés 12 jours avant la DPA à 2kg5 et 2kg9) et j’ai pu mesurer l’écart entre mon suivi (sérieux et rigoureux mais chaleureux et décontracté) au Bénin jusqu’au début du troisième trimestre, et alarmiste en France (où j’ai séjourné au cours du premier trimestre et où par précaution je suis rentrée accoucher sur recommandation unanime des médecins). J’ai déchanté lors du dernier rendez-vous de suivi : mais madame c’est une grossesse à risques, vous avez 38 ans, etc. Le protocole de la mater de niveau 3 où j’ai accouché imposait une naissance 15 jours avant le terme “car il est prouvé qu’arrivés à ce point les jumeaux profitent mieux dehors que dedans” (alors que mes crevettes étaient en pleine forme et mon col utérin parfaitement fermé, à peine assoupli). Résultat, déclenchement avec pose de ballonnet, 24h pour arriver à “2 doigts” et embouteillage en salles d’accouchements, donc décollement de membranes en attendant, le lendemain mon tour arrive mais échec de déclenchement (sous péridurale quasi imposée tant la pression avait été mise “au cas où” la césarienne s’impose) et… césarienne en urgence après 7h de travail inefficace (puis réopération sur ma cicatrice 5 jours plus tard après un hématome de paroi sur la première intervention). Autant dire que mon accouchement en lui-même n’est pas le meilleur souvenir de ma vie (je passe sur le passage en réa néo-nat de l’un des bébés, qui s’est rapidement bien terminé). Ma réaction a été de me dire “Heureusement que j’étais en France” (et je le pense toujours), mais un certain temps après, en y repensant et en lisant quelques articles de “Marie accouche-là” qui m’ont fait cogiter, je me demande encore dans quelle mesure l’interventionnisme et la médicalisation ont pu (ou pas ? on ne le saura jamais finalement) être la cause de cette cascade de complications… Je ne crache pas dans la soupe, la péri, finalement, je l’ai appréciée, finalement aussi, accoucher 15 jours plus tôt que “prévu”, vu l’état de stress dans lequel j’étais à la fin de ma grossesse, n’était pas forcément plus mal, mais quand même…
    Bref, 13 mois plus tard tout va bien dans le meilleur des mondes, mais c’est un sujet qui me touche toujours.

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